- Vécu
- Travailler à plein temps ne suffit plus à vivre correctement, et l'énergie pèse de plus en plus lourd depuis 2026.
- Mesuré
- Salaires réels en baisse de 1,0 % en 2022 et en 2023, puis en hausse de 0,8 % en 2024 ; pouvoir d'achat par unité de consommation en baisse de 0,7 % en 2025 ; énergie en hausse de 16,7 % sur un an en août 2026 ; dépenses contraintes proches d'un tiers du revenu des ménages les plus modestes. Le vécu est confirmé.
- Imputé
- LFI : un partage de la valeur ajoutée défavorable au travail. RN : le poids des prélèvements sur l'énergie. Deux causes partielles, qui ne s'excluent pas.
Les faits
| Indicateur | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Inflation annuelle | +5,2 % en 2022, +4,9 % en 2023, +2,0 % en 2024 | INSEE |
| Inflation en septembre 2026, sur un an (provisoire) | +3,0 %, dont énergie +21,2 % (août : +2,4 % et +16,7 %) | INSEE |
| Salaire net moyen réel, secteur privé | −1,0 % en 2022, −1,0 % en 2023, +0,8 % en 2024 | INSEE |
| Pouvoir d'achat du revenu disponible brut | par unité de consommation : +2,2 % en 2024, −0,7 % en 2025 ; ensemble des ménages : −0,4 % en 2025 ; taux d'épargne 17,9 % en 2025 | INSEE, comptes de la Nation (mai 2026) |
| Salaire net réel en 2023, par catégorie | cadres −2,8 %, employés −0,5 %, ouvriers −0,3 % | INSEE |
| Salaire net médian, secteur privé, 2024 | 2 190 € par mois (moyen : 2 733 €) | INSEE |
| SMIC mensuel net depuis le 1er juin 2026 | 1 477,93 € | Gouvernement |
| Salariés du privé concernés par les revalorisations du SMIC | environ 12 %, soit 2,2 millions | DARES |
| Dépenses contraintes, part du revenu | 28 % en moyenne (2022) ; près d'un tiers pour les 20 % les plus modestes, moins d'un cinquième pour les 20 % les plus aisés (2017) | INSEE |
| Ménages en vulnérabilité énergétique liée au logement | 17,4 % (2021) | INSEE |
| Taux de marge des sociétés non financières | 32,2 % de la valeur ajoutée (fin 2024) | INSEE |
Trois faits structurent le débat. D'abord, la baisse du pouvoir d'achat des salaires de 2022 est la plus forte mesurée depuis 1996, hors l'année atypique 2021 ; en 2023, le salaire net moyen réel retrouvait seulement son niveau de 2019.
Ensuite, la perte n'a pas touché tout le monde de la même façon. Les revalorisations automatiques du SMIC ont protégé le bas de l'échelle, tandis que l'inflation rognait les salaires plus élevés : l'écart entre bas salaires et salaires intermédiaires s'est resserré.
Enfin, 2026 ouvre un nouveau choc. Le conflit au Moyen-Orient déclenché fin février a fait grimper les prix de l'énergie, et le dépassement du seuil de 2 % d'inflation a déclenché une revalorisation automatique du SMIC de 2,41 % au 1er juin.
Un dernier chiffre nuance le tableau. En 2025, le pouvoir d'achat par unité de consommation a reculé de 0,7 %, après +2,2 % en 2024, selon les comptes de la Nation publiés par l'INSEE en mai 2026. Le revenu disponible n'a progressé que de 0,5 % en valeur, pour des prix en hausse de 0,8 %. L'INSEE attribue d'abord ce recul à la chute des dividendes perçus par les ménages (−10,5 Md€Milliard d'euros.), qui pèse surtout sur les détenteurs de patrimoine financier. Une moyenne ne dit donc pas qui a perdu du pouvoir d'achat.
L'argument LFI
Le travail ne protège plus de la pauvreté. La part des salaires dans la valeur ajoutée a fortement reculé depuis le début des années 1980, et l'inflation récente a été absorbée par les salariés plus que par les marges. La dépense la plus contrainte des ménages modestes, c'est l'énergie et l'alimentation.
D'où un « état d'urgence sociale » : SMIC porté immédiatement à 1 600 € net, indexation de tous les salaires sur l'inflation dans le privé et le public, blocage des prix des produits de première nécessité (alimentation, énergie, carburant) et interdiction de la « réduflation ». S'y ajoutent la hausse de 10 % du point d'indice des fonctionnaires et des APL, et un écart maximal de 1 à 20 entre salaires dans une même entreprise.
L'argument RN
Le problème n'est pas le salaire brut, c'est ce qu'il en reste. L'État prélève une part importante du prix de l'énergie, alors que se chauffer et circuler ne sont pas des choix. Le choc de 2026 le rend plus visible encore.
D'où trois mesures : TVA ramenée de 20 % à 5,5 % sur l'électricité, le gaz, le fioul et les carburants ; suppression de la TVA sur un panier de 100 produits de première nécessité ; et exonération de cotisations patronales, pendant cinq ans, sur les hausses de salaire de 10 % accordées jusqu'à trois SMIC. Le RN présente cette dernière comme une hausse des salaires sans alourdir le coût du travail.
Coût et financement
| Programme | Mesure | Coût estimé | Source du chiffrage | Financement annoncé | Financement documenté |
|---|---|---|---|---|---|
| LFI | SMIC à 1 600 € net | Supporté surtout par les employeurs ; coût public indirect non chiffré | — | Recettes fiscales nouvelles, sans affectation mesure par mesure | Non |
| LFI | Hausse de 10 % du point d'indice | Environ 21 Md€ par an brut ; 12 Md€ net selon la gauche (2022) | Gouvernement (2022, extrapolé) ; NUPES | Rétablissement d'un ISF renforcé | Partiellement |
| LFI | Indexation des salaires publics sur l'inflation | Environ 2 Md€ par point d'inflation | Gouvernement (2022, extrapolé) | Recettes fiscales nouvelles | Non |
| LFI | Blocage des prix de première nécessité | Supporté par producteurs et distributeurs ; compensations éventuelles non chiffrées | — | — | Non |
| LFI | Hausse de 10 % des APL | Non chiffrée dans les sources consultées | — | — | Non |
| RN | TVA à 5,5 % sur l'énergie | 11,3 Md€ par an (fourchette 9 à 13,6), chiffré avant la hausse des prix de 2026 ; 12 à 17 Md€ pour les seuls carburants aux prix de mars 2026 | Institut Montaigne | Baisse de la contribution nette à l'UE ; plan d'économies non publié | Non |
| RN | Exonération des hausses de salaires de 10 % | 0,8 Md€ en 2025, 4,8 Md€ en 2027, 12 Md€ en 2029 | Institut Montaigne | Plan d'économies non publié | Non |
| RN | Suppression de la TVA sur 100 produits | Non chiffrée | — | — | Non |
Les deux programmes ne font pas porter le coût au même endroit. Les mesures de LFI pèsent en grande partie sur les employeurs et sur les marges, donc hors du budget de l'État ; le coût public se concentre sur la rémunération des agents publics. Les mesures du RN sont presque entièrement des pertes de recettes publiques : les deux seules chiffrées atteindraient plus de 23 milliards d'euros par an en 2029.
Le financement annoncé par le RN pour la TVA sur l'énergie ne boucle pas : sa contribution nette au budget européen, d'environ 8 milliards d'euros (voir bloc 8), reste inférieure au seul coût de cette mesure. Côté LFI, le financement repose sur un ensemble de recettes nouvelles non ventilées, ce qui empêche de vérifier mesure par mesure.
Effet sur le déficit. LFI : alourdissement de 12 à 21 Md€ par an pour le point d'indice, soit 0,4 à 0,7 point de PIBUn centième de la richesse produite en France en un an, soit environ 30 milliards d'euros., plus environ 2 Md€ par point d'inflation ; le reste pèse sur les entreprises. RN : alourdissement de 16 à 29 Md€ par an entre 2027 et 2029, soit 0,5 à 1 point de PIB selon le prix de l'énergie retenu, sans financement documenté. Le point d'indice (bloc 7) et la TVA sur l'énergie (bloc 10) ne sont comptés qu'une fois au bloc 11.
Les objections
À LFI. Porter le SMIC à 1 600 € net représente environ +8 % par rapport au niveau de juin 2026. L'effet sur l'emploi d'une hausse de cette ampleur reste débattu ; le risque le mieux établi est le tassement de la grille salariale, déjà observé en 2022-2023, qui alimente le sentiment de déclassement des salariés intermédiaires.
L'indexation générale des salaires est contestée. Ses critiques y voient un risque de spirale prix-salaires et une perte de compétitivité dans une union monétaire où la dévaluation n'existe plus ; ses défenseurs citent la Belgique ou le Luxembourg, qui la pratiquent. Le blocage général des prix alimentaires n'a pas de précédent récent en France, et ses effets sur l'offre (pénuries, baisse de qualité) sont le principal point d'incertitude.
Sur le partage de la valeur, le recul de la part des salaires date surtout des années 1980 : en 2024, la rémunération des salariés représente 65,6 % de la valeur ajoutée brute des sociétés non financières, un niveau globalement stable depuis. L'argument est donc historique plus que conjoncturel.
Au RN. La baisse de TVA sur l'énergie coûterait environ 11,3 milliards d'euros par an (fourchette 9 à 13,6), selon l'Institut Montaigne. Elle n'est pas ciblée : le gain croît avec la consommation, donc souvent avec le revenu. Sur les carburants, un taux réduit se heurte au droit européen : l'annexe III de la directive TVA, qui liste les produits pouvant bénéficier d'un taux réduit, ne les mentionne pas. Aux prix de mars 2026, le coût pour les seuls carburants est estimé entre 12 et 17 milliards d'euros par an.
Cas pratique : un litre à 2,40 €. C'est le prix moyen du gazole fin septembre 2026. Hors TVA, le litre vaut 2,00 €, dont 0,40 € de TVA à 20 %. À 5,5 %, la TVA tomberait à 0,11 € et le litre à 2,11 € : 29 centimes de moins, soit 12 %. Pour un plein de 50 litres, le gain est de 14,50 € ; pour 1 000 litres par an, environ 15 000 km, près de 300 €. Ce calcul suppose que la baisse est entièrement répercutée, ce qui avait été le cas de la remise de 2022. Les entreprises, qui récupèrent déjà la TVA sur le carburant, n'y gagneraient rien : transporteurs et artisans sont exclus du bénéfice.
L'exonération sur les hausses de 10 % a un coût qui monte en charge : 0,8 milliard en 2025, 4,8 milliards en 2027 et 12 milliards en 2029, selon le même institut. Une entreprise n'a intérêt à l'activer que si elle prévoyait déjà une forte hausse, ce qui expose à un effet d'aubaine. La suppression de la TVA sur 100 produits n'est pas chiffrée à ce jour.
Les trois mesures réduisent des recettes ou des cotisations sans financement documenté, dans l'attente du plan d'économies annoncé.
Ce qui reste valide
Pour LFI : la perte de pouvoir d'achat de 2022-2023 est la plus forte depuis un quart de siècle, et les dépenses contraintes pèsent deux fois plus lourd sur les ménages modestes que sur les plus aisés. Le diagnostic d'un travail qui protège mal les bas revenus est documenté.
Pour le RN : l'énergie est en 2026 le premier moteur de l'inflation, et la fiscalité est le levier que l'État contrôle directement et immédiatement. Sa mesure salariale, souvent ignorée, vise un vrai problème : faire progresser les salaires sans renchérir le coût du travail.
Pour les deux : ils décrivent une réalité exacte. Le désaccord porte sur l'imputation — partage de la valeur d'un côté, prélèvements de l'autre —, deux causes qui ne s'excluent pas.
La convergence des experts
Le point de convergence le plus net traverse les orientations : l'Institut Montaigne (libéral), la Fondation Jean-Jaurès et Terra Nova (gauche) jugent tous qu'une baisse de TVA non ciblée est un outil coûteux et peu efficace pour les ménages modestes. Ils préfèrent des aides ciblées, la voie choisie en 2026 avec l'aide « grands rouleurs » et la réforme de la prime d'activité.
Sur les salaires, le rapport Bozio-Wasmer d'octobre 2024, repris par le Haut Conseil des rémunérations, estime que la concentration des exonérations de cotisations au voisinage du SMIC a favorisé une « smicardisation ». Son scénario central réaménage ces allègements pour encourager la progression salariale sans augmenter le coût global du travail. Aucun des deux programmes ne reprend cette approche telle quelle.
À surveiller
- Le plan d'économies du RN et le chiffrage de la suppression de TVA sur 100 produits.
- Le chiffrage actualisé annoncé par LFI pour l'automne 2026.
- Les résultats définitifs de l'inflation de septembre 2026, publiés par l'INSEE le 15 octobre, et l'évolution des prix de l'énergie.
- La revalorisation du SMIC au 1er janvier 2027.
Sources
Statistique publique et sources officielles
- INSEE, Les salaires dans le secteur privé en 2024, Insee Première n° 2079, octobre 2025
- INSEE, Les salaires dans le secteur privé en 2023, Insee Première n° 2020, octobre 2024
- INSEE, Les salaires dans le secteur privé en 2022, Insee Première n° 1971, novembre 2023
- INSEE, En août 2026, les prix à la consommation augmentent de 2,4 % sur un an, Informations rapides n° 218
- INSEE, En septembre 2026, les prix à la consommation augmenteraient de 3,0 % sur un an, Informations rapides n° 242, 30 septembre 2026
- INSEE, Note de conjoncture, résultats des entreprises, mars 2025
- INSEE, Vulnérabilité énergétique liée au logement, 2025
- Gouvernement, Le SMIC revalorisé le 1er juin 2026, info.gouv.fr
- Gouvernement, Le SMIC revalorisé au 1er janvier 2026, info.gouv.fr
- Haut Conseil des rémunérations, de l'emploi et de la productivité, Note d'orientation sur les exonérations de cotisations sociales, décembre 2024
- INSEE, Les comptes de la Nation en 2025, Insee Première n° 2105, mai 2026
Programmes
- LFI, L'Avenir en commun 2025 : état d'urgence sociale et salaires
- Institut Montaigne, fiches de chiffrage RN : TVA sur l'énergie et exonération des hausses de salaires, 2024
- Public Sénat, TVA à 5,5 %, taxe flottante, gel des prix : ce qu'il est possible de faire, 2026
Analyses et presse
- Fondation Jean-Jaurès, La baisse de la TVA à 5,5 % sur l'énergie
- Terra Nova, Baisser la TVA sur l'énergie : 6 raisons de ne pas le faire, 2022
- Terra Nova, Pourquoi l'indexation des salaires sur les prix est un piège, 2022
- Observatoire des inégalités, Les dépenses contraintes, un effort différencié selon les ménages, 2024 (données INSEE)
- CGT, La chute de la part des salaires dans la valeur ajoutée, 2025 (données INSEE)
- Moneyvox, Baisser la TVA sur les carburants : une idée contraire au droit européen, 2026
- Journal de l'économie, SMIC : quelle revalorisation au 1er janvier 2026 ? (données DARES)
- Maire-info, Dégel du point d'indice : l'heure des comptes, juin 2022 (coût de la hausse de 3,5 %)
- Acteurs publics, Bataille de chiffres autour du coût du dégel du point d'indice, juin 2022
- Connaissance des énergies, Élections européennes : ce que les programmes disent sur l'énergie, 2024 (financement de la TVA énergie par le RN)
- Boursorama / AFP, Baisser la TVA sur les carburants à 5,5 % est contraire au droit européen, 11 mars 2026
- Mon-carburant, Prix moyens des carburants en France, 29 septembre 2026