En bref
- Ce que proposent les partis. LFI : retour à 60 ans avec 40 annuitésAnnées de cotisation à l'assurance vieillesse ; 40 annuités correspondent à 160 trimestres. pour tous. RN : abrogation de la réforme de 2023, avec un départ à 60 ans pour ceux qui ont commencé avant 20 ans et entre 60 et 62 ans pour les autres.
- Ce que ça coûte. 50 à 58 Md€Milliard d'euros. par an pour LFI, 9 à 35 Md€ pour le RN, quand le déficit du système était de 6,6 Md€ en 2025.
- Le désaccord central. Le système est-il en danger ? Son déficit est faible chaque année mais grossit d'une décennie à l'autre : les deux lectures sont exactes.
- Ce qui reste incertain. Le financement des deux propositions, et la position finale du RN entre 60 et 62 ans.
- À savoir. La réforme de 2023 est suspendue : sauf nouvelle loi, la hausse de l'âge légal reprendra le 1er janvier 2028.
- 62 ans et 9 mois
- âge légal actuel, gelé jusqu'au 1er janvier 2028LFSS 2026
- 6,6 Md€
- déficit du système en 2025 (0,2 % du PIB) ; environ 30 Md€ attendus en 2045Cour des comptes
- près de 14 % du PIB
- dépenses de retraite, environ 4 points de plus qu'en AllemagneCour des comptes
Face à face
Combien coûte chaque proposition, selon qui la chiffre
En Md€ par an. Cercle vide : chiffrage du parti. Cercle plein : chiffrage indépendant.
- Institut Montaigne, 2027 : 8,2
- CNAV, 2032 : 16
- Michaël Zemmour : 20
Trait pointillé : déficit du système en 2025 (6,6 Md€). Les estimations ne portent pas toutes sur la même année : les montants grossissent avec le temps, à mesure que les générations concernées partent à la retraite.
Le constat
C'est le seul thème où LFI et le RN se retrouvent contre tous les autres : les deux veulent revenir sur la réforme de 2023, l'un vers 60 ans pour tous, l'autre vers 62 ans, voire 60 pour les carrières longues. Le sujet est d'autant plus central que la réforme est aujourd'hui suspendue et que son calendrier doit reprendre le 1er janvier 2028, juste après l'élection.
- Vécu
- Travailler jusqu'à 64 ans est injuste pour ceux qui ont commencé tôt et exercent des métiers pénibles ; à l'inverse, la crainte que le système ne soit plus finançable pour les jeunes générations.
- Mesuré
- Déficit modeste en part de richesse nationale mais qui double à peu près chaque décennie ; dépenses de retraite parmi les plus élevées d'Europe ; niveau de vie des retraités équivalent à celui de l'ensemble de la population. Les deux ressentis s'appuient sur des faits.
- Imputé
- LFI : un déficit fabriqué par la baisse des recettes, notamment la contribution de l'État. RN : une mauvaise gestion qui fait payer les travailleurs modestes. Centre et droite : la démographie.
Les faits
| Indicateur | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Dépenses de retraite | près de 14 % du PIB, environ 4 points de plus qu'en Allemagne | Cour des comptes (2025) |
| Solde du système | déficit de 6,6 Md€ en 2025 (0,2 % du PIB), environ 15 Md€ en 2035 (0,4 %), environ 30 Md€ en 2045 | Cour des comptes |
| Rapport entre cotisants et retraités | 1,77 en 2025, 1,54 en 2045 | Cour des comptes |
| Niveau de vie des plus de 65 ans | équivalent à celui de l'ensemble de la population, contre environ 88 % en Allemagne et dans l'OCDE | Cour des comptes |
| Âge effectif de départ | environ un an plus tôt que la moyenne européenne (22e rang sur 27) | Cour des comptes |
| Écart de pension entre femmes et hommes | 38 % sur les droits propres | Cour des comptes |
| Régime légal actuel | réforme de 2023 suspendue jusqu'au 1er janvier 2028 : âge légal gelé à 62 ans et 9 mois, 170 trimestres requis | LFSSLoi de financement de la sécurité sociale, votée chaque automne. 2026 |
| Coût de la suspension | 0,4 Md€ en 2026 et 1,8 Md€ en 2027 selon le gouvernement | Gouvernement |
Lire l'analyse des faits
Quatre faits structurent le débat. D'abord, le déficit est modeste chaque année mais s'alourdit en stock : la Cour des comptes estime qu'il atteindrait environ 30 milliards d'euros en 2045, pour une dette cumulée de l'ordre de 350 milliards pour le régime général. Les deux lectures — « pas de faillite » et « trajectoire insoutenable » — sont exactes à la fois.
Ensuite, la Cour confirme un argument souvent attribué aux seuls syndicats : une partie de la baisse des ressources en part de PIB vient de la diminution de la contribution de l'État aux retraites de ses propres agents, liée à la maîtrise de l'emploi public.
Troisième fait : la Cour a chiffré chaque levier. Avancer l'âge légal d'un an coûterait 5,8 milliards d'euros au système et 13 milliards à l'ensemble des finances publiques en 2035 ; réduire d'un an la durée requise, 3,9 et 7,1 milliards. Un point de cotisation supplémentaire rapporte entre 4,8 et 7,6 milliards, et une sous-indexationRevalorisation des pensions inférieure à l'inflation, qui réduit leur pouvoir d'achat. des pensions d'un point, 2,9 milliards dès 2025.
Enfin, la suspension votée fin 2025 dans la loi de financement de la Sécurité sociale est une pause, pas une abrogation. Sauf nouvelle loi, la montée vers 64 ans reprendra le 1er janvier 2028. Elle a été partiellement financée par une hausse de 1,4 point de la CSGContribution sociale généralisée, prélevée sur presque tous les revenus pour financer la protection sociale. sur les revenus du capital.
Les deux camps
Pour chaque parti : son argument dans sa version la plus solide, ce qu'on lui oppose, puis ce qui résiste à ces objections.
LFI
Son argument
Le système n'est pas en faillite : son déficit est minime rapporté à la richesse nationale, et il est en partie fabriqué par la baisse de la contribution de l'État, ce que la Cour des comptes reconnaît. Travailler plus longtemps quand on a commencé jeune sur un chantier ou dans un hôpital, c'est user des vies ; et les femmes touchent une pension inférieure de 38 % à celle des hommes.
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D'où le retour à la retraite à 60 ans avec 40 annuités, la prise en compte des périodes de RSA pour valider des trimestres, le minimum de pension pour une carrière complète porté au niveau du SMIC et le minimum vieillesse au seuil de pauvreté. Le financement viendrait de la hausse des cotisations, de l'égalité salariale entre femmes et hommes, de l'emploi des seniors et des recettes fiscales nouvelles.
Ce qu'on lui oppose
Le calcul de la Cour des comptes montre l'ampleur du chemin : chaque année d'âge en moins coûte environ 13 milliards d'euros aux finances publiques en 2035, et LFI propose de revenir quatre ans en arrière tout en réduisant la durée requise. Un point de cotisation rapportant au plus 7,6 milliards, financer le programme par les cotisations supposerait plusieurs points de hausse, que la Cour juge susceptibles de peser sur l'emploi ou sur le salaire net. Le niveau de vie des retraités étant déjà égal à celui de l'ensemble de la population, cela revient à faire payer davantage les actifs.
Ce qui en reste
Le déficit est faible en part de richesse nationale, la Cour elle-même relie une partie de la baisse des ressources à la contribution de l'État, et l'écart de pension entre femmes et hommes est massif.
RN
Son argument
Le RN veut abroger la réforme de 2023, jugée injuste pour les travailleurs modestes. Son programme de 2024 prévoit un départ à 60 ans avec 40 annuités pour ceux qui ont commencé à travailler avant 20 ans, un départ progressif entre 60 et 62 ans pour les autres, et une retraite à taux pleinPension calculée sans décote, parce que l'on a cotisé assez longtemps ou atteint l'âge d'annulation de la décote. à 65 ans pour ceux qui n'auraient pas assez cotisé.
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Le financement annoncé repose sur l'essor des carrières longues, la hausse de la productivité, la lutte contre la fraude sociale et une capitalisation volontaire. Dans son discours du 13 septembre 2026, Marine Le Pen a confirmé sa volonté de revenir à 62 ans, voire 60, alors que Jordan Bardella se montrait plus prudent.
Ce qu'on lui oppose
L'écart entre ses 9 milliards et les 34,7 milliards estimés par l'Institut Montaigne n'est pas expliqué, et les sources de financement avancées — carrières longues, productivité, fraude — ne sont pas chiffrées. Financer par les cotisations des employeurs contredirait son discours sur la baisse du coût du travail. La fin des régimes spéciauxRégimes de retraite propres à certaines entreprises ou professions (RATP, industries électriques et gazières…), fermés aux nouveaux embauchés depuis 2023., qu'il met parfois en avant, est déjà engagée depuis 2023 pour les nouveaux embauchés. Enfin, les divergences publiques entre Marine Le Pen et Jordan Bardella laissent incertaine la position qui serait appliquée.
Ce qui en reste
L'injustice faite aux carrières commencées tôt est réelle, et le ciblage des carrières longues coûte beaucoup moins cher qu'un retour général à 60 ans.
Pour les deux
Leur opposition à la réforme de 2023 rejoint une majorité de l'opinion. Mais ni l'un ni l'autre n'aborde le levier que la Cour juge le moins pénalisant pour l'économie : la sous-indexation des pensions, qui toucherait les retraités, électorat qui vote beaucoup.
Les autres positions
Le centre et la droite proposent l'inverse. Édouard Philippe veut relever l'âge de départ entre 65 et 67 ans, en modulant selon la pénibilité, et introduire 10 à 15 % de capitalisation. Gabriel Attal propose de supprimer l'âge légal en gardant la durée de cotisation, avec un fonds de capitalisation abondé de 1 000 euros par l'État à chaque naissance. Bruno Retailleau veut indexer l'âge de départ sur l'espérance de vie et financer une part de capitalisation par 1 % du revenu brut.
Coût et financement
| Programme | Mesure | Coût estimé | Source du chiffrage | Financement annoncé | Financement documenté |
|---|---|---|---|---|---|
| LFI | Retour à 60 ans avec 40 annuités, minimum de pension au SMIC, trimestres RSA | 58 Md€ par an en 2027 ; environ 50 Md€ selon Éric Coquerel | Institut Montaigne (programme NFP 2024) ; LFI | Cotisations, égalité salariale, recettes fiscales, effets de relance | Partiellement |
| RN | Abrogation, 60 ans pour les carrières commencées avant 20 ans | 34,7 Md€ par an en 2027 ; 9 Md€ selon le RN | Institut Montaigne (2024) ; Jean-Philippe Tanguy | Carrières longues, productivité, lutte contre la fraude | Non |
| Référence | Abrogation simple de la réforme de 2023 | 8,2 Md€ en 2027 et 14,1 Md€ en 2030 ; 16 Md€ en 2032 selon la CNAV ; environ 20 Md€ selon Michaël Zemmour | Institut Montaigne ; CNAV ; Sciences Po | — | — |
| Référence | Suspension en cours | 0,4 Md€ en 2026, 1,8 Md€ en 2027 | Gouvernement | Hausse de 1,4 point de la CSG sur les revenus du capital (2,7 Md€) | Oui |
Lire l'analyse des coûts
Les deux propositions coûtent plusieurs fois le déficit actuel du système, qui était de 6,6 milliards d'euros en 2025 : environ neuf fois pour LFI, cinq fois pour le RN selon l'Institut Montaigne. C'est aussi sur ce thème qu'apparaît l'écart le plus important du document entre l'estimation d'un parti et une estimation indépendante : 9 milliards selon le RN, près de quatre fois plus selon l'Institut Montaigne. Les chiffrages de l'Institut Montaigne, think tank libéral, doivent eux-mêmes être lus comme une estimation parmi d'autres.
Effet sur le déficit. LFI : alourdissement de 50 à 58 Md€ par an, soit 1,7 à 1,9 point de PIBUn centième de la richesse produite en France en un an, soit environ 30 milliards d'euros., avant un financement partiellement documenté. RN : alourdissement de 9 à 35 Md€ par an, soit 0,3 à 1,2 point de PIB, sans financement documenté. C'est le bloc au plus fort effet potentiel sur la dette. Repère : la suspension en cours coûte 1,8 Md€ en 2027, et elle est financée.
Ce que disent les experts
La conclusion de la Cour des comptes rejoint celle de la plupart des spécialistes : aucun levier ne suffit seul, et l'équilibre passe par une combinaison — âge ou durée, niveau des pensions, cotisations — pour un effort réparti entre tous les acteurs. La Cour juge aussi la règle d'indexation actuelle inadaptée au pilotage du système, par comparaison avec les régimes complémentaires Agirc-ArrcoRégime de retraite complémentaire obligatoire des salariés du privé. ou avec l'Allemagne, qui ajustent automatiquement leurs paramètres. Le désaccord porte sur le dosage, pas sur la nécessité de combiner.
À surveiller
- La reprise ou non du calendrier de la réforme au 1er janvier 2028, qui dépendra du résultat de l'élection.
- La position définitive du RN, entre 62 et 60 ans, au congrès d'Orléans le 25 octobre 2026.
- Un chiffrage actualisé de LFI pour le retour à 60 ans.
- Le prochain rapport annuel du Conseil d'orientation des retraites.
Sources
Sources officielles
- Cour des comptes, Situation financière et perspectives du système de retraite, communication au Premier ministre, février 2025
- Assemblée nationale, Amendement citant l'estimation de la CNAV sur le coût d'une abrogation, novembre 2024
- Assemblée nationale, Commission des affaires sociales, examen du PLFSS 2026
Programmes, positions et chiffrages
- Institut Montaigne, Législatives 2024 : chiffrages retraites et fiscalité
- Institut Montaigne, Abroger la réforme, restaurer la retraite à 60 ans (programme NFP), 2024
- LCP, Retraites : que proposent les principales forces politiques ?, 2024 (chiffrage du RN par Jean-Philippe Tanguy, estimation d'Éric Coquerel)
- Orange / AFP, Marine Le Pen met l'accent sur le logement et les fondamentaux du RN, septembre 2026 (position sur l'âge de départ)
- Fondation IFRAP, Comparateur des programmes pour 2027 (positions de Philippe, Attal et Retailleau)
Analyses et presse
- Moneyvox, Abroger la réforme des retraites : combien ça coûte ?
- Tout sur mes finances, Suspension de la réforme des retraites : qui est concerné ?, juillet 2026
- Cap Retraite, Suspension de la réforme des retraites : qui en profite ?, 2026
- Le Tribunal du net, Réforme des retraites suspendue, 2026 (financement par la CSG sur le capital)